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L’UICN prépare la grande expulsion des pêcheurs

L’Union Internationale pour la Conservation de la Nature regroupe des gouvernements, des ONG et des fondations. Elle compte 1300 membres et fait travailler 16 000 experts. Elle a le statut d’observateur à l’ONU et joue un rôle majeur pour préparer la Convention sur la diversité Biologique et d’autres Conventions internationales.

A Marseille, en septembre 2021

Les objectifs de l’UICN sont clairs
30 % des océans doivent être déclarés en Aires Marines Protégées, conçues comme des réserves intégrales ou interdites à la pêche dite « industrielle ». Cette pêche est définie de manière telle qu’elle exclut pratiquement toute pêche commerciale. Il ne restera plus guère que des pêcheurs plaisanciers autorisés à pêcher quelques maquereaux.
Selon l’UICN : « Les activités de « pêche industrielle » peuvent être identifiées par des variables comme la capacité et la taille des navires et la méthode et le volume de la capture de poissons ; ... dans le contexte des aires protégées, on définit par « pêche industrielle » celle pratiquée par des navires motorisés (> longueur de 12m x largeur de 6m), disposant d’une capacité de >50 kg de prises/voyage, demandant d’importantes sommes d’argent pour leur construction, maintenance et fonctionnement, et principalement vendue commercialement ; … la pêche utilisant des dispositifs de chalut traînés ou remorqués le long des fonds marins ou de la colonne d’eau, et la pêche utilisant des sennes coulissantes et des grandes palangres, peuvent être définies comme pêche industrielle...
Le Congrès mondial de la nature 2020 de l’UICN, lors de sa session à Marseille, France :
1. APPELLE le Directeur général et les Commissions à fournir des orientations aux pays afin de garantir que la « pêche industrielle » n’est pas autorisée dans les AMP et les Autres mesures de conservation efficaces par zone (AMCEZ), dans la mesure où elle n’est pas compatible avec les objectifs de conservation et les objectifs de gestion de ces zones, ...
2. APPELLE les Commissions, les Membres, les États et les organismes gouvernementaux à appliquer la définition de « pêche industrielle » formulée ci-dessus, afin de promulguer son usage dans les cadres politiques. » 

Un coup de force bien relayé
Ces propositions seront ensuite validées par la Convention sur la Biodiversité qui se déroulera le mois suivant, en octobre, en Chine. Elles auront à ce moment-là force de loi pour tous les États. La France, du fait de son immense ZEE joue un rôle moteur dans ces propositions sur les océans. Tout cela est piloté par des scientifiques, sans aucun débat démocratique avec des représentants élus.
Ce coup de force est bien préparé par les campagnes de nombreuses fondations et grosses ONG environnementalistes, qui, comme Seas at Risk ou France Nature Environnement, viennent d’appeler à l’interdiction des arts traînants. On imagine la réaction des pêcheurs de la Baie de St Brieuc qui gèrent leur zone depuis des décennies et assurent la vie de centaines de familles de pêcheurs, ce ne sont plus quelques dizaines de Km2 qui leur seront retirés comme avec les éoliennes… En Bretagne dans les 12 milles, les AMP couvrent 45,3 % de la surface, et dans la ZEE de la zone NAMO (Nord Atlantique Manche Ouest), pour la Bretagne et les Pays de Loire, la surface en AMP représente 48,6 %. Pour sa part le Parlement Européen et le Commissaire européen aux affaires maritimes et à la pêche ont également anticipé la proposition de 30 % d’AMP : « Le Parlement souhaite que la future stratégie de l’UE 2030 en matière de biodiversité garantisse que l’UE montre la voie :
• en assurant que 30% de son territoire soit composé de zones naturelles d’ici 2030 ; 
• en rétablissant les écosystèmes dégradés d’ici 2030 ; »

Des AMP, oui, sur la base de preuves mais pas sans les premiers concernés

Pour Magnus Johnson et d’autres spécialistes des pêches, les AMP doivent s’inscrire dans une gestion rigoureuse et démocratique des pêches, sans chercher à les étendre à l’infini, et en prenant en compte l’ensemble des zones de pêche. « Le fait qu’il n’y a pratiquement aucune preuve pour étayer l’idée que les réserves fonctionnent dans des zones tempérées, en particulier sur des sédiments mous, semble avoir été complètement ignoré. Le gouvernement et les gens les plus éclairés s’accordent pour dire qu’il y a un manque total de preuves pour soutenir la mise en place de la plupart des réserves proposées et certains travaux qui suggèrent leur prédominance en tant que paradigme de l’écologie de conservation est fonction de l’idéologie plutôt que de la science à l’état pur. Les gens ordinaires aiment croire que si vous laissez faire, les choses iront mieux et le monde retournera à un état mythique d’Eden – « l’illusion du paradigme de l’équilibre ». D’autres études récentes montre que les AMP ont des impacts sociaux négatifs dans les pays du Sud.
Pour sa part, l’association Survival International qui défend les peuples autochtones écrit : « Des grandes ONG de protection de la nature affirment que cela permettra d’atténuer le changement climatique, de réduire la perte d’espèces sauvages, d’améliorer la biodiversité et donc de sauver notre environnement. Elles se trompent. Les aires protégées ne sauveront pas notre planète. Au contraire, elles augmenteront la souffrance humaine et accéléreront ainsi la destruction des espaces qu’elles prétendent protéger, car l’opposition locale aux aires protégées augmentera. Elles n’ont aucun effet sur le changement climatique et il a été démontré qu’elles ne parviennent généralement pas à empêcher la disparition de la faune sauvage.
L’idée de la "conservation-forteresse" – qui est que les populations locales doivent être chassées de leurs terres afin de protéger la nature – est coloniale. » 

Un mépris des engagements des pêcheurs

S’engager dans la voie d’une gestion autoritaire et technocratique des océans, c’est remettre en cause la culture, les savoirs, la vie des pêcheurs sans prendre en compte la réalité de leurs pratiques et de leurs engagements. Si l’on considère l’histoire récente des combats pour l’environnement en Bretagne, mais aussi dans d’autres pays du Nord au Sud, on retrouve les pêcheurs dans les combats contre la centrale nucléaire de Plogoff, le développement des ports de plaisance, les extractions de sables et de maerl, les marées noires. Ils se sont engagés dans des AMP comme le parc marin d’Iroise, la zone Natura 2000 des Roches de Penmarc’h, le SMVM du Golfe du Morbihan, le cantonnement de l’île de Sein, etc. Ils ont mis en place des programmes de restauration de la langouste, de protection des bancs de maerl, le projet RESPECT etc. Ils débattent au sein des instances de gestion des AMP et de pilotage des programmes, avec des scientifiques et des associations environnementalistes locales. Cela prend du temps et de l’énergie, les débats sont parfois difficiles, mais il y a du respect de part et d’autre. C’est ainsi que les choses peuvent avancer sur des bases démocratiques alors que les décisions autoritaires prises dans des instances politiques ou scientifiques totalement éloignées des réalités et de la complexité du milieu marin ne peuvent qu’engendrer des oppositions stériles. Malheureusement, il est à craindre que le rouleau compresseur des machines à exclure les sans-voix ne poursuive inexorablement sa route. À moins que nos alertes suscitent de vives réactions salutaires…

 

Collectif Pêche & Développement

Crédit photo : OFB 


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