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LINC BioMer : production en France du premier filet de chalut biodégradable en mer

Une nouvelle étape pour la transition écologique du chalutage

Fondé par Le Drezen en 2019, le projet s’est inscrit en projet structuré en 2024 et est porté par la Coopération Maritime, après près de trois années de recherche, le projet LINC BioMer franchit une étape décisive : une formulation de matériau éco-conçu a été retenue parmi 40 formulations développées ex nihilo, puis transformée à l’échelle industrielle. Le montage de deux alèzes réalisées dans ce matériau sera finalisé le 8 octobre sur un chalut dans les ateliers de Le Drezen, avant une première phase d’essais en conditions réelles de pêche.

Réduire l’impact environnemental du chalutage sans renoncer aux exigences du métier

Le projet LINC BioMer – L’INnovation pour des filets et Cordages Biodégradables en Mer – est né d’un enjeu environnemental et d’une question très concrète pour la filière : contribuer à la préservation des océans, tout en conservant les performances mécaniques nécessaires à l’activité professionnelle ?

Son ambition est claire : assurer la transition écologique du chalutage en développant un engin de pêche intégrant un matériau biosourcé, destiné à être biodégradable en mer et non écotoxique, avec une durée de vie contrôlée et compatible avec les contraintes de la pêche professionnelle.

Cette recherche s’inscrit dans un contexte européen où le chalutage doit répondre à des exigences environnementales croissantes. L’évolution du cadre réglementaire, notamment dans les aires marines protégées (AMP), renforce la nécessité de disposer de solutions techniques permettant de réduire les impacts environnementaux des activités de pêche, tout en maintenant une activité professionnelle en mer.

L’enjeu dépasse donc le seul développement d’un nouveau filet : il s’agit de contribuer à la transformation d’une pratique à l’échelle de la filière et, à terme, du chalutage européen. Les résultats pourraient être transposés aux autres arts de pêche.

 

40 formulations pour parvenir à un matériau industrialisable

Pour répondre à ce défi, ComposiTIC, plateau technique de l’Université de Bretagne Sud spécialisé dans la formulation et spécialisé dans la mise en œuvre de composites innovants, a développé 40 formulations moléculaires ex nihilo, testées dans le cadre de la R&D. Une formulation finale a été retenue pour ce matériau éco-conçu.

Des prototypes de monofilaments et de tresses ont ensuite été fabriqués et soumis à différents essais mécaniques, thermiques et d’abrasion. Les résultats obtenus ont permis de franchir une première étape déterminante : disposer d’un matériau répondant aux objectifs d’éco-conception tout en présentant les caractéristiques nécessaires à sa transformation en engin de pêche.

En parallèle, les équipes poursuivent les essais de vieillissement en mer afin d’évaluer le processus de biodégradation du matériau, et enquêter sur l’usure des chaluts pour identifier les zones soumises aux contraintes mécaniques les plus importantes.

 

De la recherche à l’atelier : le changement d’échelle

La deuxième réussite est industrielle.

Après la formulation, le prototypage et les essais en R&D, le matériau a désormais franchi le cap de la transformation industrielle, avec notamment la production de monofilaments selon un procédé industriel. Les premières alèzes de chalut en matériau éco-conçu ont ensuite été fabriquées dans les ateliers de Le Drezen, industriel historique de la fabrication d’engins de pêche depuis 1929 et fondateur du projet.

C’est cette étape qui a été présentée le jeudi 8 octobre à Treffiagat aux membres du consortium et à la presse : deux alèzes en matériau LINC BioMer ont été montées directement sur le filet d’un chalut.

Une séquence particulièrement concrète : l’innovation quitte le laboratoire pour entrer dans l’atelier, puis dans l’engin de pêche.

Pour Le Drezen, l’enjeu est également industriel : démontrer que cette nouvelle matière peut être intégrée aux savoir-faire, aux outils et aux procédés de fabrication d’un fabricant d’engins de pêche, avant d’envisager à terme un changement d’échelle de production.

 

Prochaine étape : confronter l’innovation à la réalité de la pêche

Une fois le montage réalisé, le chalut entrera dans une nouvelle phase : les essais en mer en conditions réelles de pêche.

Plusieurs panneaux de filet en matériau éco-conçu doivent être intégrés au chalut de référence, qui sera ensuite armé sur le Manathia, navire artisanal de 16 mètres pratiquant la pêche côtière au chalut à langoustines et appartenant à l’armement Scapêche.

Cette étape ne constitue pas un simple essai ponctuel. Il s’agit désormais d’observer dans la durée le comportement du matériau, son vieillissement et sa résistance dans les conditions réelles d’utilisation d’un chalut.

Les résultats ne seront donc pas immédiats. Le projet entre dans une phase d’observation et de mesure qui permettra de déterminer si le matériau répond effectivement aux exigences du métier et à l’objectif d’une durée de vie maîtrisée.

 

Une démarche collective à l’échelle de la filière

LINC BioMer repose sur un consortium réunissant :

  • La Coopération Maritime, porteur du projet
  • Le Drezen, fondateur et coordonnateur industriel
  • ComposiTIC / Université de Bretagne Sud pour la formulation et les études de fin de vie
  • L’Ifremer, avec ses laboratoires LTBH (Technologie et Biologie Halieutique) de Lorient, pour ses compétences en technologie des pêches et SMASH (Structures, Matériaux Avancés et Sollicitations Hyperbares) de Brest, spécialisé en connaissance des structures marines.
  • Scapêche et des armements partenaires pour les essais en mer.

Le projet dont le budget prévisionnel est de près d’1,2 millions d’euros, dont 1/3 d’autofinancement par les partenaires, bénéficie du soutien financier de France Filière Pêche à hauteur de 500 000 €, de la Fondation Engie via la Fondation UBS à hauteur de 277 500€, d’Ocean Winds à hauteur de 50 000€ et du CNPMEM, Comité national des pêches maritimes et des élevages marins à hauteur de 32 000€. 

Cette organisation traduit une conviction : la transition écologique des engins de pêche ne peut pas être portée par un seul acteur. Elle nécessite de croiser recherche, expertise scientifique, savoir-faire industriel et expérience des professionnels de la mer.

L'objectif fixé par LINC BioMer est ainsi de contribuer, à son échelle, à la transition écologique du chalutage en France et en Europe, en développant un engin de pêche à partir d’une matière majoritairement biosourcée, non écotoxique, avec une durée de vie contrôlée et adaptée à la pêche professionnelle.

 

LINC BioMer en bref
LINC BioMer – L’INnovation pour des filets et Cordages Biodégradables en Mer:

Durée du projet : 3 ans - janvier 2024 – janvier 2027
Budget prévisionnel : 1 199 876,69 €
40 formulations développées ex nihilo ;
1 formulation finale retenue ;
prototypes de monofilaments et de tresses ;
essais mécaniques, thermiques et d’abrasion concluants ;
passage à l’échelle industrielle ;
premières alèzes de chalut fabriquées chez Le Drezen ;
montage de deux alèzes sur un chalut le 8 octobre ;
lancement des essais en mer en conditions réelles à partir d’octobre 2026.

 


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